Les amendes pour mauvais stationnements passeront de 17 euros actuellement à 11 euros à Calais... et 60 euros à Lyon. L'association 40 Millions d'automobilistes dénonce "une machine à cash garantie".
Jusqu'alors, l'amende de stationnement était au même tarif dans toute la France : 17 euros. Ce qui dissuadait certains automobilistes, dans les communes ou le parking est cher, de passer par le parcmètre (par exemple à Paris : 24 euros pour six heures). Désormais, il faudra y réfléchir à deux fois car, à partir du 1er janvier 2018, les maires fixeront librement le montant des pénalités en cas d'infraction. Adieu le PV, bonjour le FPS (forfait post-stationnement) ! À partir du 1er janvier 2018, la «dépénalisation du stationnement » entrera en vigueur en France, en application de la loi sur les métropoles de janvier 2014, dite loi MAPTAM.
Concrètement, cela signifie que, dans les 800 communes où le stationnement est payant, les villes récupèrent la gestion des amendes. Si vous ne payez pas ou que vous dépassez la durée limite, vous n’aurez plus de procès-verbal dressé par un agent de l’État, mais un « forfait post-stationnement » à régler à la ville, qui peut en confier la gestion à des entreprises privées.
Une vingtaine de voitures flasheuses en circulation en 2018
Les amendes seront plus élevées, et dans le même temps la possibilité de les éviter va se réduire. L’utilisation de LAPI, comme à Madrid, est envisagée. Une vingtaine de voitures flasheuses pourraient circuler en 2018 dans la capitale. Le marché lancé par la Ville de Paris prévoit que toutes les places de stationnement de la zone centrale soient contrôlées au moins une fois par jour !
À Paris, les amendes vont tripler
Fini aussi le tarif national de 17 € le PV. Chaque ville fixe son tarif, qui peut varier selon les zones. À Paris, l’amende (ou FPS) va passer à 50 € (35 € si vous payez dans les 3 jours) dans la zone centrale (arrondissement 1 à 11), et à 35 € (24€ dans les 3 jours) pour les autres arrondissements.
Les tarifs de parcmètres à Paris, eux, ne bougent pas pour la 1ere heure (4€ en zone centrale, 2,40€ en périphérie), mais grimpent fortement si vous stationnez plus longtemps. Il vous faudra aussi impérativement entrer votre numéro d’immatriculation dans l’horodateur, pour valider votre paiement.
L’objectif, comme pour la hausse des amendes, est de « rendre le stationnement plus facile et d’éviter les voitures ventouses », précise-t-on à la ville de Paris. Ce sera aussi un moyen de faire rentre de l’argent dans les caisses. Actuellement, la ville ne touche que 25% du produit des PV, soit environ 30 M€ par an. En 2018, avec la municipalisation du stationnement, la ville table sur... 300 M€ de recettes.
Sur les 800 communes disposant de places payantes en surface, 93 ont déjà fixé le montant des PV. À Paris, il en coûtera 35 ou 50 euros (selon le quartier). La prune va grimper à 60 euros à Lyon. Ce sera 30 ou 35 euros à Bordeaux, 24 ou 34 euros à Rennes, 33 euros à Versailles (Yvelines), 30 euros à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis).
"Dégoûter les gens de prendre leur voiture"
40 Millions d'automobilistes dénonce "une machine à cash garantie". "Je crains qu'il n'y ait une volonté de faire du chiffre car cela permettra aux municipalités d'engranger plus de recettes. L'exemple des tarifs appliqués dans Paris est à ce titre très symbolique. L'objectif de la mairie est clairement de dégoûter les gens de prendre leur voiture", juge Pierre Chasseray, délégué général de l'association.
Jusqu'à 60€ à Lyon… où les PV de stationnement vont-ils augmenter?
"Ça va créer une explosion de contentieux, une explosion de contraventions", abonde sur BFMTV Jean-Baptiste Iosca, avocat spécialisé dans les délits routiers. "C'est un nouvel impôt qui est mis en place et on se doute bien que c'est uniquement pour remplir les caisses de la mairie", juge-t-il. Ce que dément Gilles Nicolas, adjoint au stationnement à Nantes, où l'amende passera à 35 euros. "Les amendes, ça ne va pas dans notre poche (...) Ce sont des recettes affectées aux aménagements routiers", explique-t-il sur BFMTV, démentant "une politique du tiroir-caisse".
11 euros à Calais pour dynamiser le centre-ville
Pourtant, "les élus de certaines grandes villes, comme Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), Antony (Hauts-de-Seine), Le Mans, Nice, Le Havre, se sont engagés à ne pas augmenter, voire à réduire le montant de la redevance de stationnement", souligne Pierre Chasseray.
Ainsi, le tarif reste inchangé à Marseille et Lille : 17 euros. Les Niçois bénéficieront d'une petite baisse, à 16 euros le PV. Il en coûtera 10 ou 15 euros à Nancy, selon l'emplacement, et 11 euros à Calais. Dans cette dernière commune, "la mairie propose même le premier quart d'heure de stationnement gratuit pour inciter les conducteurs à venir faire leurs courses dans le centre-ville", salue Pierre Chasseray.
À Paris, 10% seulement des automobilistes paient le stationnement
Selon le Groupement des autorités responsables de transport (Gart) environ 70% des automobilistes préfèrent actuellement risquer de "prendre une prune" plutôt que de payer le stationnement. À Paris, où il existe 150.000 places, seuls 10% des automobilistes paient pour se garer.
Par ailleurs, les communes promettent des contrôles beaucoup plus fréquents avec, à la clé, une meilleure rotation des véhicules sur les places de parking, et moins d'embouteillages dans les centres-villes. En effet, "dans les métropoles, 20% des véhicules en circulation cherchent une place de stationnement", selon Guy le Bras, directeur général du Gart.
Convertir les conducteurs aux transports en commun
Par exemple, la ville de Chambéry a profité de la réforme pour retravailler son plan de circulation et l'ensemble des modes de transport. Pour relancer "le centre-ville (qui) périclite (...), il faut compter un peu sur les voitures, (mais surtout) éviter les voitures-ventouse", qui monopolisent des places, explique Josiane Beaud, première adjointe au maire. "Il faut permettre à tout le monde de rentrer dans le centre-ville si besoin, (sans) chercher une place pendant des heures (...). Et s'ils veulent rester plus longtemps, ils prendront le bus".
"Quand il y a une rotation, c'est bénéfique pour les commerçants du centre-ville", renchérit Frédéric Baverez, directeur exécutif de Keolis. Pour les 800 communes concernées, c'est l'occasion d'essayer de convertir les automobilistes aux transports en commun ou au vélo.
PV de stationnement : «Une machine à cash garantie», dénonce 40 millions d'automobilistes
Pierre Chasseray, délégué général de l'association 40 millions d'automobilistes, craint «qu'il n'y ait une volonté de faire du chiffre», à travers les tarifs de stationnement à la carte.
Le délégué général de l'association 40 Millions d'automobilistes demande aux maires, qui pourront fixer librement les tarifs des horodateurs et des amendes dès le 1er janvier prochain, de ne pas matraquer les conducteurs et cite les exemples de communes qui ont décidé de ne pas augmenter les tarifs des PV.
Ce qui me gêne dit Pierre Chasseray, c'est que la plupart des élus ne vont pas se contenter d'augmenter le montant du PV, mais ils vont surtout faire flamber le tarif du stationnement en surface. Comme le contrôle des tickets d'horodateur et la verbalisation seront confiés dans certaines villes à des sociétés privées, c'est une machine à cash garantie. Je crains qu'il n'y ait une volonté de faire du chiffre car cela permettra aux municipalités d'engranger plus de recettes. L'exemple des tarifs appliqués dans Paris est à ce titre très symbolique. L'objectif de la mairie est clairement de dégoûter les gens de prendre leur voiture.
L'idée est aussi d'en finir avec les voitures-ventouses...
Nous savons bien que certains laissent leur voiture toute la journée sans payer, mais ce sont des cas extrêmes. Nous pensons avant tout à l'automobiliste honnête qui va devoir s'acquitter d'un énorme PV parce qu'il a payé ses deux heures d'horodateur mais qu'il est revenu au bout de deux heures cinq de son rendez-vous. Et si les villes augmentent leurs tarifs de stationnement dans les rues, les parkings privés vont forcément eux aussi s'aligner.
Selon les élus cette mesure favorisera la rotation des véhicules et permettra aux automobilistes de moins tourner pour trouver une place.
Mais pourquoi n'envisager comme solution que la verbalisation ? L'association 40 Millions d'automobilistes a lancé il y a quelques mois un site Internet, Monmairesengage.com, où les élus de certaines grandes villes, comme Boulogne-Billancourt, Antony, Le Mans, Nice, Le Havre, se sont engagés à ne pas augmenter, voire à réduire le montant de la redevance de stationnement pratiquée dans leur commune. À Calais, où le montant des contraventions passera à 11 euros, la mairie propose même le premier quart d'heure de stationnement gratuit pour inciter les conducteurs à venir faire leurs courses dans le centre-ville. Il faut laisser aux automobilistes l'opportunité de se garer gratuitement dans le cœur des agglomérations. Sinon, ils iront tous faire leurs emplettes dans les centres commerciaux en périphérie.