Alors que le gouvernement vient de dévoiler les mesures prises pour assurer la sécurité des établissements scolaires, nous avons demandé à Julie, une institutrice, son sentiment.

Une rentrée scolaire sous le signe de la sécurité. Dans un contexte de risque terroriste, et alors que les établissements scolaires constituent une cible revendiquée par l'État islamique, le gouvernement a détaillé mercredi un ensemble de mesures spécifiques, dont certaines sont déjà en place depuis l'entrée en vigueur du plan Vigipirate. Nous avons demandé à Julie (le prénom a été modifié), institutrice dans le primaire à Paris, comment cela se passait concrètement.
La ministre de l'Éducation, Najat Vallaud-Belkacem, est notamment revenue sur "l’exercice d’entraînement" - on en comptait deux l'an dernier, les établissements devront désormais en prévoir trois. Julie l’a déjà expérimenté : "L’an dernier, nous avons testé notre chaîne téléphonique d’alerte. Sur le principe, chaque interlocuteur doit en prévenir un autre du danger, grâce aux téléphones qu’il y a dans chaque salle. L’équipe adopte un code, et se le transmet de classe en classe, pour que les élèves n’entendent pas qu’il se passe quelque chose d’inquiétant." Test concluant, selon la prof. Le jour dit, la gardienne a appelé le directeur, qui a appelé les professeurs du 1er étage, qui ont prévenu ceux du 2e… Mais Julie est réaliste. "Ce scénario ne fonctionne que si la gardienne n’a pas été tuée en premier, et que si tous les maillons de la chaîne sont en vie…"
"On se cache où, dans une classe ?"
Avec les nouvelles consignes ministérielles l’équipe va sans doute cette année pousser l’entraînement plus loin, en testant le scénario d'un "attentat avec intrusion". Là encore, la théorie se confronte à la réalité : "Les consignes nous donnent deux options : s’enfuir, ou se barricader", explique Julie. "Aucune de nos classes ne ferme à clé. On nous dit aussi de pousser des armoires devant. Mon armoire, elle est pleine de livres, elle est lourde. Je ne peux pas la bouger toute seule. Sans parler du fait que j’ai trois portes dans ma classe. Et on se cache où, dans une classe ? C’est infaisable matériellement."
Les sensibilisations aux gestes de premiers secours, elles aussi annoncées par le gouvernement pour les collégiens, se pratiquent déjà en primaire. "On en fait un peu dans le cadre du sport. La police propose aussi une formation", détaille Julie. "On ne peut pas dire que les élèves sont formés… plutôt sensibilisés. Trois heures dans l’année, ça s’oublie vite."
"Je ne vais pas, à chaque fois que je vais travailler, suspecter tout le monde"
De plus, les équipes réagiront-elles aussi bien en cas d'attaque réelle ? "Personne ne sait comment il réagira", reconnaît Julie. "En tant qu’instituteur, on est responsable du groupe. En cas d’attentat, on nous dit de nous barricader, de faire respecter le silence, d'allonger les élèves, de gérer le stress… Je ne sais même pas comment moi, je peux réagir : panique, tétanie… Il y a les mots, les réactions, et parfois un fossé entre les deux."
Autre incertitude, la vigilance renforcée aux abords des établissements. Le dispositif est déjà peu ou prou en place dans l’école de Julie. "On avait des patrouilles de deux policiers, qui tournaient aux heures d’entrée et de sortie des classes", raconte l’institutrice. "Mais je ne pense pas qu’un terroriste viendrait aux heures où il y a du monde." Et le reste du temps, il n’y a que la gardienne, à l’entrée. Des visiophones ont été installés cette année dans son établissement. "On voit la personne, mais cela n’empêche pas de dissimuler des choses sous une veste. Et de toute façon, elle est plus ou moins obligée d’ouvrir", constate la jeune institutrice.
"Cela rassure le grand public"
Bref, sans être défaitiste, Julie est réaliste : "Le gouvernement fait des choses, et ça rassure le grand public, les parents qui se posent des questions. Mais il faut aussi savoir qu’assurer une sécurité à 100%, ce ne sera pas possible. Il n’y a pas de risque zéro, c’est illusoire." D'autant que Julie ne veut pas penser qu’à ça : "Ma rentrée, ce n’est pas du tout cela, et pour les enfants, il ne faut pas que ça soit cela non plus !", dit-elle. "Il faut continuer à faire comme avant. Cette menace, ça travaille tout le monde, on essaie de mettre en place des choses, on a des piqûres de rappel avec les réunions de pré-rentrée. Il faut vivre avec. Mais je ne vais pas, à chaque fois que je pars travailler, suspecter tout le monde. Je suis là pour mes élèves, et ça fait déjà de quoi bien s’occuper !"
Les principales mesures annoncées par le gouvernement
> Organisation obligatoire de trois exercices de sécurité au sein des établissements (contre deux jusqu'à présent), dont un simulant un attentat avec intrusion.
> Les académies doivent veiller à la mise à jour des répertoires téléphoniques des chefs d'établissement et des inspecteurs afin que toute alerte puisse être rapidement transmise. L'envoi d'une alerte par SMS sera testé à la veille de la rentrée.